Martine Mougin
du 6 Septembre au 14 Octobre 2000

Martine Mougin le 6 septembre 2000 à Toulouse


Une nuit de printemps 1999, Martine Mougin s’est mise au travail. Les photographes aiment bien la nuit eux, qui la font dans leur laboratoire. Mais ils la redoutent aussi, car la nuit absolue, c’est l’absence absolue de lumière et de photographie par voie de conséquence. A moins de faire des photos de noir sans nuance aucune... Pourquoi pas ? Car la photographie est on le sait depuis longtemps un jeu avec la lumière et l’ombre.

© Martine Mougin

© Martine Mougin

© Martine Mougin

Mais la photographie n’est pas que cela et Martine Mougin le prouve, elle qui explore les deux phases de la photographicité2, à savoir l’irréversible obtention du négatif et l’inachevable travail du négatif, la perte et le reste. En effet les images qu’elle offre au regardeur de passage sont colorisées, ce qui incite l’artiste à se présenter comme photographe plasticienne et à explorer le symbolisme des couleurs3. Ainsi, une nuit de printemps, elle s’est mise au travail, dans un pays qui n’est pas le sien, elle qui est de France ? Au travail au Danemark, il fallait ce changement de lieu pour qu’il y ait ces photos. Et ses yeux surpris ont découvert une autre lumière, chargée de rêves, de féeries et de merveilleux. Les nuits et les matins de printemps en France n’ont ni cette tonalité, ni cet éclat, même si les amours ici et là-bas semblent se ressembler. Mais est-ce si sûr ? L’amour dépend de l’imaginaire, ce dernier des images; or, les images sont différentes...

© Martine Mougin

Notamment celles crées par Martine Mougin. Triptyque, diptyque, image seule, tout nous évoque le mystère. Il fallait que la photographe soit là pour les faire. Mais il fallait aussi qu’elle soit d’ici pour qu’elles soient faites ainsi. Elle seule pouvait partir de l’union surréaliste d’un conifère et d’un lampadaire, d’une lune et d’une lumière électrique, de branches d’arbres et de pylônes métalliques. Monde étrange existant par la photographie qui en ses diptyques réunit le séparé, fait à partir de morceaux disparates un corps cohérent, joue sur des couleurs artificielles. Bien sûr artificielle : la photographie n’est en rien naturelle. Ainsi, les éoliennes peuvent avoir des milliers de rayons qui tournent au gré du vent de la photographe. La photographie devient image-mouvement même si le mouvement est arrêté, bref image-trace-tracée4 . L’artiste est maîtresse du mouvement et du tracé, et donc de la beauté. Avec Martine Mougin, éolienne et lampadaire passent alors du sans-art à l’art. La lumière est métamorphosée.
François Soulages, Eté 1999.

© Martine Mougin

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