![]()


D’abord, il y a ce temps de réaction qui nous
impose une réalité passée. L’œil perçoit
avant que le cerveau ne conçoive. L'image réelle met un certain
temps avant d'être intelligible. Percevoir ne serait donc pas comprendre!
Nos sociétés semblent mettre un temps infini à adapter
leur comportement face aux évolutions de leur environnement. Quand
le temps de réaction n’en est plus à des centièmes
de seconde mais dépasse plusieurs années, pouvons-nous être
certains qu’il ne s’agit plus d’une latence due au traitement
de l’information? Ne sommes-nous pas face à des indicateurs dissimulés,
amenés à apparaître ultérieurement ? La captation
du signal ne permet pas forcément la perception de celui-ci. La photographie
en reste un exemple criant. L’image exposée sur les sels d’argent
de nos agonisantes pellicules ne se révèle qu’après
un procédé complexe. Sans cette intervention, cette information
reste dormante.
Aujourd'hui ne sommes-nous pas à l’ère généralisée
de la «Latence»? Textes, sons, vidéos,
dessins, courriers, sont transposés dans une forme numérique
nécessitant de passer par un procédé technologique pour
être décryptés. Nous dépendons de processus de
plus en plus complexes pour voir ce qui «est» ou ce qui pourrait
«être».
«Que la lumière soit et la lumière sera peut-être!»
Et l'art dans tout ça? Serait-il l’un de ces indicateurs traduisant
l’avènement de modifications futures ou bien l’artiste
n’en serait qu’à transposer uniquement dans son art ce
que tout le monde sait déjà. Est-il victime de cette «temporalité»
comme le commun des mortels ou agit-il comme un révélateur,
détenant les clefs, les indices nous permettant de sortir de la torpeur
de notre inertie, de l’empêtrement de cette «Latence»
sans doute, propre à notre état d’Être Humain?
Max Heinrich Trender
